Délégationdu Pas-de-Calais

Témoignage de Simon, bénévole qui a passé deux semaines à Calais

Simon a passé deux semaines avec l’équipe du Secours Catholique de Calais. Voici son retour d’expérience. Merci à lui pour ce témoignage.

publié en mars 2016

« Je vais essayer de décrire un peu ce que j’ai vécu, mais ce n’est pas aisé tant les sentiments sont mêlés.

D’abord je tiens de nouveau à tous vous remercier. Hisham parle d’un esprit de famille au Secours Catholique et je crois que c’est on ne peut plus vrai. Et vous m’avez accueilli avec une telle gentillesse que je repars aussi le cœur un peu serré de vous quitter.

[…]

Ces deux semaines ont été très riches. Comme je l’ai dit, mon séjour avec le Secours Catholique est un peu l’histoire d’une erreur. Malgré ce que m’avait expliqué Jérôme (animateur en charge de l’accueil de bénévoles à Calais, ndlr), je pensais venir jouer les petites mains dans une organisation où l’on me confierait régulièrement des tâches essentiellement matérielles. Bien entendu, il n’en fut rien…

Au lieu d’une organisation structurée j’ai trouvé un joyeux bazar : un va-et-vient permanent, des locaux curieux (mes excuses pour cet euphémisme) et pas fonctionnels, et une effervescence constante.

Et au lieu de tâches matérielles, j’ai beaucoup, beaucoup discuté avec les exilés, les bénévoles et les salariés de toutes les associations…

De fait, les tout premiers jours ont été un peu frustrants, malgré l’accompagnement d’Hisham (qui, bien sûr, ne pouvait pas “s’occuper” de moi en permanence). J’ai beaucoup tourné en rond, me demandant en permanence : mais qu’est-ce que je peux faire ??? Pour ne rien vous cacher, j’ai eu l’impression de perdre mon temps et de faire perdre leur temps aux autres. Et j’avais beau m’en défendre, l’idée pointait en moi que je n’avais pas laissé femme et enfants, pris quinze jours de congé, organisé mon départ depuis plusieurs mois, etc., pour attendre et traîner dans un bureau.

Et puis, doucement, les choses se sont mises en place.

La journée du jeudi a marqué une vraie rupture dans mon séjour. Comme vous étiez affairés avec la délégation de parlementaires, j’ai passé toute la journée au centre Jules-Ferry. Ce fut une expérience très bénéfique. Enfin, me disais-je, enfin je vais être occupé toute la journée à faire une tâche foncièrement utile, du “vrai humanitaire”, de l’indispensable : distribution de thé et de café, nettoyage du centre, distribution de repas. Voilà ce que j’avais attendu ! Et malgré tout, après mes 2 200 paupiettes de veau, moi qui avais fait ce à quoi je m’étais préparé depuis des semaines, je me sentais vide.

Qui avais-je servi ? Je ne savais pas. Des barquettes. J’avais vu des centaines de visages ; parfois les mêmes sans même m’en apercevoir… et j’avais beau essayer d’être le plus “humain” possible en ne disant pas bonjour comme une machine, il manquait vraiment quelque chose.

Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai vraiment pris la mesure de votre action. Bien sûr j’avais déjà beaucoup d’admiration pour vous d’exercer votre mission dans des conditions aussi difficiles, et pourtant avec autant de professionnalisme pour les exilés. Mais après cette journée c’était comme si les pièces du puzzle s’étaient mises en place : même si je l’avais auparavant comprise, maintenant je vivais la vraie portée de votre action : l’accueil de jour hors du bidonville, l’aller vers, le pôle asile, les familles d’accueil, l’atelier vélo… Tout avait beaucoup plus de sens.

D’ailleurs, inoccupé que j’étais, je suis retourné faire la distribution de repas le samedi. Compte tenu de mon expérience du jeudi, vous vous doutez que j’y suis un peu allé en traînant les pieds…

Mais il y avait moins de monde, j’avais peut-être mieux compris quel comportement avoir aussi.

Et les choses se sont passées très différemment. J’ai pu échanger des regards, des rires, plaisanter en deux mots… Bref faire la même chose… en mieux.

Et toute la semaine a ensuite été à l’avenant.

En circulant en voiture dans le bidonville, j’ai compris la force d’un sourire et d’un geste de la main qui te sont rendus dans 99 % des cas, et les visages fermés s’éclairent d’un seul coup…

À pied, j’ai compris qu’on pouvait simplement entrer dans une boutique et venir voir sans être voyeur, et qu’à condition d’être respectueux, on pouvait être reçu avec un grand sourire sans se sentir obligé d’acheter… comme dans n’importe quel magasin !

Mais au-delà de tout cela j’ai surtout découvert des gens qui font tout pour garder leur dignité, chacun à sa manière.

En refusant de vivre dans les conteneurs, certains préservent ce qu’il leur reste d’intimité et de lien social.

D’autres, quand tu vas les voir, mettent un point d’honneur à t’offrir la meilleure place, près du poêle car c’est toi l’invité… et surtout à ne rien te demander.

D’autres, quand tu sers le repas, se détournent du plat que tu proposes en faisant la moue car ils s’accordent encore le droit de ne pas aimer ce qui est servi et de ne pas être comme des chiens auxquels on jetterait un os à ronger.

D’autres encore se mettent sur leur 31 pour aller en préfecture, car ils savent que c’est une étape importante dans leur vie.

Et comme partout ailleurs, j’ai rencontré de parfaits abrutis et des gens formidables. Des gens quoi.

Alors pour tout ça, merci encore. Continuez de donner aux gens de bonne volonté la possibilité de pouvoir participer à votre magnifique entreprise d’humanité. »

Simon

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